Théâtre : « Prosper et George » devant un public enthousiaste à Anvers

Prosper et George - Accueil Français d'Anvers - Pierre Fruitier-Roth

Qui ne connait Prosper Mérimée et George Sand ! Dans la littérature certes mais au delà et dans le cadre privé qui connait la brève relation sentimentale pour le moins mouvementée, cette idylle quelque peu tempêtueuse qu’ils partagèrent. De là est née l’idée d’une pièce de théâtre écrite par Gérard Savoisien. « Prosper et George », une comédie qui a remporté un grand succès et a obtenu le Grand Prix du Théâtre 2009, du Prix Rostand 2009 et du Festival Sacha Guitry 2012. Après Paris, elle tourne et vient d’être jouée à Anvers


Anvers – lundi 14 décembre 2015

Prosper et George - Accueil Français d'Anvers - Pierre Fruitier-Roth

Ils s’aiment, ils se haïssent, la passion les dévore à nouveau, l’aversion qu’ils se portent est à son apogée, ils sont « deux cœurs qui se méconnurent et étaient peut-être faits l’un pour l’autre1 ». Nous sommes en avril 1833, dans les appartements parisiens d’Aurore Dupin, alias George Sand. Après Jules Sandeau et avant Alfred de Musset, devenue célèbre et courtisée grâce au succès qu’elle reçoit avec son roman « Indiana », George Sand a une brève aventure, sans lendemain mais intense, avec Prosper Mérimée. Les deux amants qualifieront cette idylle de déception réciproque quant au tempérament sexuel de leur partenaire.

Peu convaincu par cette rupture, imprégnée d’une tiédeur alléguée, Gérard Savoisiensort sa plume et livre une pièce dans laquelle il mêle la passion flamboyante et l’éloignement volontaire nécessaire à leur ambition littéraire personnelle, mais surtout à leur liberté. Nous sommes à l’époque romantique après tout.

« Prosper et George » sont jeunes, ambitieux, subissent un coup de foudre et s’ensuivra donc son lot de passions, de jalousies, de scènes de ménage, d’étreintes fougueuses. En une semaine à peine, leur relation devient obsessionnelle et les consume tous les deux à petits feux… Inutile d’en rajouter, tout ici sert parfaitement d’argument à une pièce pétillante, une comédie romantique (pas si sûr), au ton à la fois vif et spirituel. Les dialogues sont brillants et intelligents, on s’imagine bien volontiers que Mérimée ou Sand auraient pu, eux-mêmes, les vivre. Le tour est réussi. La mise en scène de Thierry Lavat, sobre, qui utilise de façon intelligente l’espace scénique appuie davantage la thèse de l’auteur. Miren Pradier interprète la charismatique George Sand, séduisante en diable, flanquée d’un pantalon rouge, d’une chemise virile à jabot, et d’un veston, dans tous ses doutes, ses ardeurs et ses engagements tant pour la cause des femmes de son siècle que pour son combat littéraire. Mérimée est campé par Christophe de Mareuil, personnage pris au piège d’une passion trop grande pour lui. Entre sa carrière de haut fonctionnaire, ses velléités d’écriture et ses soirées galantes il ne reste que trop peu de place pour une femme de la stature de George Sand aussi intelligente qu’exigeante. « Kiss me Prospero ! »

Les deux acteurs orchestrent la farce en symbiose parfaite, Ils servent à la perfection ce maelström amoureux qui réécrit l’histoire (ou corrige la légende). Un moment de pur bonheur !

Pierre Fruitier-Roth

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